Formulation de produits capillaires : tendances et points d’attention
Le secteur capillaire évolue vers une approche inspirée du soin de la peau, centrée sur la santé et la longévité du cheveu. La skinification met le cuir chevelu au cœur des routines, tout en nécessitant des formules adaptées à ses spécificités biologiques et physiologiques. Des tests innovants permettent désormais de démontrer l’efficacité des actifs et des formules sur la fibre et le scalp. La sécurité et la tolérance des produits, notamment professionnels, deviennent des enjeux majeurs du haircare moderne.
Introduction
Le soin capillaire connaît aujourd’hui une évolution majeure, à la croisée de la science, du bien-être et de la performance. À l’image du soin de la peau, le haircare s’inscrit désormais dans une démarche globale de prévention, de longévité et de respect du cuir chevelu, véritable socle de la santé du cheveu. Porté par des attentes consommateurs en pleine mutation, le secteur se nourrit de tendances fortes telles que la skinification, la durabilité et la recherche d’efficacité prouvée, tout en intégrant des spécificités culturelles et régionales marquées. Dans ce contexte dynamique, il devient essentiel d’analyser les nouvelles orientations du marché capillaire, l’essor du soin du cuir chevelu, ainsi que les enjeux scientifiques, réglementaires et sécuritaires qui accompagnent le développement de formules toujours plus expertes.
Des tendances qui s’affirment
Très dynamique, le secteur capillaire évolue rapidement, et reflète les tendances observées dans le soin. C’est le cas par exemple de la longévité, car les cheveux sont également témoins du passage du temps. Tout comme ils recherchent des soins qui aident à garder une peau en bon état (well aging), les consommateurs souhaitent conserver des cheveux naturellement beaux plus longtemps. Les ingrédients qui protègent la fibre des agressions extérieurs, comme les UV, et soutiennent la croissance des cheveux, sont donc pertinents. Les fournisseurs d’ingrédients testent ainsi des actifs initialement positionnés soin de la peau pour leur utilisation en haircare, que cela soit pour le soin de la fibre ou du cuir chevelu. La durabilité, là encore comme dans les soins et le maquillage, s’impose également comme une tendance forte. Tout comme l’équilibre du cuir chevelu et de son microbiote, qui demande
Selon la région du monde se dégagent également certaines spécificités des attentes consommateurs :
- En Europe, c’est la bio-optimisation qui s’impose : des produits techniques, basés sur la science, avec une appétence pour la naturalité et des produits sans ingrédients controversés ;
- Aux Etats-Unis, « haircare is the new skincare » avec la skinification : des formules expertes et premium pour des soins ciblés, en particulier sur le cuir chevelu (scalp care) ;
- En Asie, les soins capillaires s’inscrivent dans une vision holistique de la beauté, avec des routines de soin capillaires luxueuses et sensorielles ;
En Afrique, les soins traditionnels botaniques se réinventent pour prendre soin des cheveux texturés, qui manquent encore de soins adaptés.
Soin du cuir chevelu : la skinification du haircare
Alors que le soin se limitait souvent à l’accompagnement d’affections du cuir chevelu, comme les pellicules ou la dermite séborrhéique, les préoccupations se tournent maintenant vers le maintien d’un cuir chevelu en bonne santé pour prolonger la beauté des cheveux. Des problématiques plus globales comme la longévité, la prévention des effets de l’exposome (UV, pollution, etc.), l’exfoliation, de véritables routines de soin du cuir chevelu, à l’instar de celles du visage, sont maintenant rencontrées. La moitié des soins qui ciblent le cuir chevelu sont encore des shampoings, ce qui laisse de la place à de nouvelles galéniques plus sensorielles et plus pratiques à l’utilisation dans un segment en forte progression.
Il peut être tentant de considérer le cuir chevelu comme une extension de la peau du visage, et donc de dupliquer des formules visage, avec des ingrédients bien connus des consommateurs, et d’appliquer les mêmes allégations. Cependant, si la structure de base de la peau du scalp est la même, elle présente des caractéristiques biologiques et physiologiques à prendre en compte :
- Une plus grande densité de follicules pileux, ce qui influence la production de sébum et le microbiote local ;
- Des glandes sébacées et sudorales plus grosses et/ou plus actives, ce qui peut entraîner des problématiques particulières au scalp comme la dermite séborrhéique ;
- Une plus grande épaisseur du derme et de l’épiderme ;
- Une vascularisation et une innervation riches (nutrition du bulbe) ;
- Une fonction barrière différente de celle du visage ;
- Un microbiote spécifique, incluant une présence de Malassezia plus importante.
Attention alors à choisir des ingrédients dont les bénéfices pour le cuir chevelu et/ou la fibre capillaire ont été démontrés, et à ne pas copier-coller des ingrédients à la mode en soin de la peau. Dans le même esprit, il est indispensable de tester l’efficacité des formules spécifiquement pour le cuir chevelu et/ou le cheveu, pour pouvoir soutenir des allégations haircare et ne pas décevoir les consommateurs.
Des tests innovants pour évaluer les actifs et les formules capillaires
Tout comme pour les soins de la peau, les consommateurs recherchent des soins du cheveu et du scalp à l’efficacité prouvée. De nouveaux tests sont donc développés pour valider l’efficacité des ingrédients et des formules sur la fibre capillaire et le cuir chevelu.
Un test récent (imagerie polarisée et biréfringence) permet ainsi d’analyser l’organisation interne des kératines dans la fibre, pour une évaluation complémentaire de l’efficacité. Un codage en fausses couleurs procure la visualisation de l’organisation interne de la fibre, avec des images toujours très parlantes pour le consommateur. Des allégations de protection, de réparation et de renforcement de la fibre peuvent être soutenues.
Des méthodes de test initialement appliquées à la peau du visage peuvent également être adaptées à l’évaluation du cuir chevelu et/de la fibre, comme le colour mapping du scalp ou encore la microscopie à balayage de franges (cuticule).
Garder la sécurité et la tolérance au cœur des formulations
Tout comme pour la peau du visage, le cuir chevelu est de plus en plus concerné par les problématiques de sensibilité. Une attention toute particulière doit ainsi être apportée à la tolérance cutanée des produits, car son inflammation, outre l’impact direct sur le confort, peut avoir un impact négatif sur les cheveux. Certaines catégories, les colorations et produits de lissage, doivent faire l’objet d’une vraie expertise de formulation pour limiter les réactions indésirables.
Selon l’ANSES, pour la campagne de cosmétovigilance 2024/2025, 21 % des effets indésirables signalés étaient liés à des produits capillaires. Parmi ces 21 %, presque la moitié ont été classés comme effets indésirables graves. Les produits concernés sont souvent des produits de coloration et/ou de décoloration, mais aussi de lissage (cas de l’acide glyoxylique mis en cause dans des cas d’insuffisance rénale).
Une des particularités des produits capillaires est également l’exposition professionnelle. En France la coiffure représente le 2ème artisanat, avec plus de 100 000 établissements. Le contexte d’utilisation professionnelle doit donc être pris en compte lorsque les produits formulés lui sont destinés, afin d’adapter l’utilisation des ingrédients et les concentrations. En effet, le Règlement cosmétique européen (N°1223/2009) peut préciser pour certains ingrédients des restrictions ou des concentrations différentes par rapport aux produits à destination du grand public. L’usage professionnel doit également mener à une attention particulière sur la sécurité et la tolérance des produits, en raison de l’exposition majorée
Conclusion
Le secteur capillaire connaît une mutation profonde, portée par des consommateurs toujours plus exigeants en matière d’efficacité, de sécurité et de sens. Inspiré du soin de la peau, le haircare s’inscrit désormais dans une approche globale de la beauté, où la santé du cuir chevelu devient un levier central de la longévité et de la qualité du cheveu. Si la skinification ouvre de nouvelles perspectives en matière d’ingrédients, de galéniques et de routines, elle impose également une rigueur scientifique accrue, tenant compte des spécificités biologiques du scalp et de la fibre capillaire. Dans ce contexte, le développement de tests innovants, associés à une attention renforcée portée à la tolérance et à la sécurité, apparaît indispensable pour garantir des produits performants et responsables, tant pour les consommateurs que pour les professionnels. L’intégration croissante de la biotechnologie, de l’intelligence artificielle et de la personnalisation des soins pourrait encore redéfinir les contours du haircare, en proposant des solutions sur mesure, capables de répondre de façon toujours plus précise aux besoins individuels et aux enjeux environnementaux.
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