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Article 06 août 2026

Gestion de l’eau : un enjeu majeur pour l’industrie cosmétique

Dans l’industrie cosmétique, l’eau est partout. Ingrédient multifonctionnel, dans les formules ou les matières premières, ou impliquée dans les différents process à chaque étape de la chaîne de valeur, elle est ubiquitaire. Face aux sécheresses et aux réglementations encadrant l’usage de l’eau, il est alors normal qu’elle devienne un enjeu majeur. Il n’est plus question d’éviter le sujet : elle doit être considérée comme une ressource à préserver.

Alors que l’été 2026 a déjà battu tous les records, tant concernant les températures que la sécheresse, l’eau s’affirme comme un des enjeux majeurs du futur de l’industrie. La sobriété hydrique n’est plus accessoire : elle devient essentielle. Elle doit être envisagée et anticipée dès maintenant, si ce n’est pas encore le cas. Car les mesures de restriction d’eau prises lors d’épisodes de sécheresse exposent toute la filière à des réductions de prélèvement d’eau, donc à des freins au développement. Mieux connaître les différents usages de l’eau tout au long de la chaîne de valeur, et les réglementations qui peuvent les impacter est alors nécessaire. Tout comme actionner les différents leviers qui en permettent une meilleure gestion.

Quels usages de l’eau dans l’industrie cosmétique ?

L’eau reste un ingrédient majeur de beaucoup de formules cosmétiques, que cela soit en tant que solvant, excipient, support d’actif ou de phase aqueuse d’une émulsion ou comme agent de texture. Elle doit satisfaire à des normes de qualité, et peut même avoir des caractéristiques particulières, comme les eaux thermales. C’est de l’eau dite consommée : elle ne sera pas restituée au milieu après prélèvement. On pourrait dire que c’est la partie émergée de l’iceberg de la problématique eau en cosmétique, car c’est celle qui est la plus visible, en particulier pour les consommateurs. Mais c’est loin d’être la seule utilisation de l’eau sur les sites de production.

Car la fabrication de produits cosmétiques implique également l’usage de l’eau tout au long du processus : production de chaleur ou de vapeur, refroidissement, nettoyage du matériel et des locaux ou encore adjuvant des étapes de fabrication (diluant, solvant). L’eau de process est un exemple d’eau prélevée et restituée au milieu (à la différence de l’eau consommée). Sans oublier les usages en amont et en aval de la fabrication : eau de culture pour les matières premières végétales, extraction (comme la distillation), eau de production des emballages et l’eau utilisée par le consommateur. En bref, c’est toute une analyse du cycle de vie d’un ingrédient ou d’un produit qu’il convient de réaliser pour avoir une idée précise de son empreinte hydrique. Certains ingrédients naturels peuvent par exemple avoir une empreinte hydrique très élevée.

Quels impacts des réglementations relatives à l’eau ?

Comme les autres industries, la cosmétique est concernée par de nombreuses réglementations transverses sur l’eau, qui visent à organiser la sobriété hydrique, optimiser la disponibilité de l’eau et préserver sa qualité.

En France, c’est notamment le cas avec le Plan Eau (2023), un plan d’action national visant à une meilleure gestion de la ressource en eau. Dans ce cadre, l’arrêté du 30 juin 2023, dit « arrêté restrictions », soumet les établissements classés à des restriction de prélèvement d’eau plus ou moins sévères selon la gravité de la sécheresse :

  • Alerte : réduction de 5 % ;
  • Alerte renforcée : réduction de 10 % ;
  • Crise : réduction de 25 %.

Certains établissements peuvent bénéficier d’exemptions : ceux qui ont déjà réduit leurs prélèvements d’au moins 20 % depuis 2018, ou ceux qui utilisent au moins 20 % d’eau réutilisée.

Les sources d’eau réutilisée (REUT) sont appelées sources d’eau non conventionnelles. Ce sont, par exemple, l’eau de pluie, les eaux grises, les eaux de piscine ou encore les eaux de puits. La REUT est encore peu développée en France : elle concerne seulement 1% de l’eau du réseau, contre 14 % en Espagne par exemple. Le cadre réglementaire de la REUT, selon le classement ICPE ou non de l’établissement, est complexe mais mérite de s’y pencher.

D’autant plus que l’Europe n’est pas en reste, avec la Water Resilience Strategy, une stratégie globale de gestion de l’eau qui comporte 5 volets :

  • La qualité de l’eau, avec des standards de traitement de l’eau plus stricts et plus de polluants concernés ;
  • Une approche circulaire, avec plus de réutilisation ;
  • Une industrie de l’eau compétitive, avec le soutien de technologies innovantes ;
  • Un financement durable, avec plusieurs sources sous l’ombrelle de la responsabilité élargie des producteurs (REP);
  • Une gestion des risques liés à l’eau.

La Directive des Eaux résiduaires urbaines (Urban wastewater treatment directive, Directive (EU) 2024/3019), qui remplace la Directive de 1991, donne un cadre beaucoup plus strict pour la gestion de l’eau. Elle établit des normes de rejets plus strictes, cadre la mise en œuvre des traitements des eaux usées tertiaires et quaternaires et établit les critères de surveillance de la qualité de l’eau. C’est également elle qui introduit la notion de Responsabilité élargie des producteurs, pour financer les traitements quaternaires.

Pour le moment, les deux industries identifiées par la Commission européenne comme les principaux contributeurs aux micropolluants dans l’eau, donc prenant en charge la majorité des financements (92 %), sont l’industrie pharmaceutique et l’industrie cosmétique. Or, il semble que l’étude d’impact de la CE comporte des défauts méthodologiques qui attribuent de façon erronée une plus grande implication à la cosmétique. La contribution réelle des cosmétiques aux micropolluants serait de 1,5 %, alors qu’elle devrait assumer 26 % des coûts de la REP (source : FEBEA). Affaire à suivre.

Quels leviers une meilleure gestion de l’eau ?

L’industrie cosmétique n’a pas attendu ces réglementations pour se saisir de la problématique de l’eau, mais ces enjeux sont désormais incontournables.

Dans le cas de l’eau ingrédient (usage direct dans la formulation), dont la qualité est encadrée par des normes, réduire son usage peut être complexe en raison de ses propriétés intrinsèques et de sa multifonctionnalité. Dans certaines formules, l’eau est un composant nécessaire au même titre que d’autres ingrédients. Les formules sans eau (waterless) nécessitent de repenser complètement la formulation, mais aussi la pédagogie du consommateur.

Concernant l’usage indirect (process, culture, extraction, etc.), des leviers sont possibles mais demandent une analyse des usages afin de les optimiser :

  • Identifier les surconsommations et les gaspillages pour les réduire ;
  • Envisager de modifier les process (par exemple la fréquence de lavage) ;
  • Analyser le besoin du point de vue de la qualité de l’eau : par exemple, une eau potable est-elle nécessaire ou une eau grise peut-elle suffire ?
  • Analyser le besoin du point de vue de la quantité : par exemple, un volume donné est-il vraiment nécessaire pour rincer une cuve ou peut-il être réduit ?
  • Favoriser la REUT des rejets ;
  • Explorer de nouveaux modèles d’extraction (comme le CO2 supercritique) ou optimiser ceux existant (comme la distillation) ;
  • Favoriser des ingrédients peu gourmands en eau ou des cultures raisonnées ;
  • Etc.

Parfois le diable se cache dans les détails, ou plutôt chez le consommateur. Un produit solide sans eau ingrédient mais très consommateur d’eau lors de son utilisation (par exemple un shampoing solide avec une mauvaise rinçabilité) aura une moins bonne empreinte hydrique qu’un shampoing standard. Comme pour l’empreinte carbone, c’est bien tout le cycle de vie du produit qui doit être pris en compte, par exemple en utilisant la norme ISO 14046.

Conclusion

Alors que l’usage de l’eau est omniprésent dans l’industrie cosmétique, la résilience hydrique devient un impératif stratégique. Le cadre réglementaire qui se structure et se durcit ne laisse plus le choix. En France, le Plan eau a pour objectif une réduction des prélèvements d’eau de 10 % d’ici 2030. Les différents leviers possibles sont à analyser au cas par cas, mais tous les efforts vers la sobriété hydrique sont bienvenus. Ces sujets sont à anticiper en dehors des périodes de sécheresse : préserver l’eau c’est préserver la continuité industrielle. Les investissements nécessaires doivent être réfléchis par rapport au coût de la restriction d’eau et pas dans l’absolu.

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