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Article 15 septembre 2026

Les PFAS en cosmétique : usages et réglementation

Les PFAS, pour substances per- et polyfluoroalkylées, sont un certain type de composé comportant des liaisons carbone-fluor, une des liaisons chimiques les plus stables. C’est ce qui fait le défaut de leurs qualités : ils sont très difficiles à dégrader et persistent dans l’environnement. Et on les retrouve dans certains produits cosmétiques, car ils possèdent des propriétés spécifiques. Mais cela devra changer, en tout cas en France puis en Europe, car ils sont désormais soit déjà interdits, soit en projet d’interdiction, car les produits cosmétiques ne sont pas un usage essentiel pour le législateur. Ce qui s’accompagne de quelques challenges en termes de stratégie d’analyses de conformité.  

Ils sont très persistants, parfois toxiques, et ils ne sont plus les bienvenus dans nos produits cosmétiques. Eux, ce sont les PFAS, et on en entend beaucoup parler dernièrement. Et si on les trouve encore dans certains cosmétiques, cela ne sera plus le cas pendant très longtemps.

Que sont les PFAS ?

Les PFAS sont des composés organiques de synthèse fluorés. Mais la présence d’atomes de fluor n’est pas synonyme de PFAS. La définition de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) en est : toute substance fluorée contenant au moins un atome de carbone (groupement méthyl ou méthylène) complètement fluoré (-CF3 ou -CF2), sans aucun atome d’hydrogène, de chlore, de brome ou d’iode rattaché. Pour résumer, toute molécule contenant un groupement méthyl ou méthylène perfluoré est considéré comme un PFAS.

Cette définition recouvre une vaste famille de molécules (plusieurs milliers, jusqu’à 12 ou 15 000 selon les sources) avec des profils très variés. On distingue les polyfluoroalkyles et les perfluoroalkyles (selon la position du groupement perflouré), et ils peuvent être polymériques on non polymériques. La taille de la molécule influence grandement son comportement : les petits PFAS non polymériques sont plus mobiles, dans l’environnement ou dans les organismes. La liaison C-F étant extrêmement stable, les PFAS sont très persistants car très difficiles à dégrader (mais ils ne sont pas éternels). C’est d’ailleurs la caractéristique commune des PFAS, qui peuvent en dehors de cela présenter une grande variété de propriétés (et donc d’usages), mais aussi de profils toxicologiques. Il n’est ainsi pas possible de généraliser leur toxicité, certains sont utilisés dans le domaine médical et sont considérés inertes, en particulier les polymères.

On les retrouve dans des domaines très différents comme les ustensiles de cuisine (propriétés antiadhésives), les vêtements et dispositifs de protection, l’aéronautique, les peintures, le matériel médical, les principes actifs pharmaceutiques, la transition énergétique … et les produits cosmétiques.

A quoi servent les PFAS en cosmétique ?

Par rapport aux autres secteurs, l’usage des PFAS en cosmétique est minoritaire. Seuls 1,4 % des produits cosmétiques européens en contiennent, principalement dans la catégorie maquillage (un peu plus de 3,5 % des produits en contiennent), mais aussi produits de soin, capillaires ou d’hygiène (moins de 1 % voire moins de 0,5 %). 

Selon la définition de l’OCDE, 36 PFAS (polymères ou non) sont identifiés en cosmétique, dont le dorénavant bien connu PTFE (Téflon©). Ils sont utilisés pour des fonctions d’émulsifiant, d’agent antistatique, de stabilisant ou d’agent filmogène. Très stables et résistants à l’eau et au corps gras, ils donnent également une finition brillante et lisse et une longue tenue.

Cependant la présence de PFAS dans les cosmétiques n’est pas toujours intentionnelle. Elle peut résulter de migrations depuis l’emballage si celui-ci en contient, mais aussi d’un apport par l’eau si celle-ci n’est pas purifiée correctement. Problème : les traitements classiques de l’eau ne retiennent pas forcément tous les PFAS, en particulier petites molécules. Certains PFAS, comme le TFA (acide trifluoroacétique), sont utilisés dans diverses réactions chimiques de synthèse. Ils peuvent ainsi être présents dans certaines matières premières (comme certains peptides) comme impuretés de process techniquement inévitables.

Vers l’interdiction des PFAS dans les produits cosmétiques ?

La toxicité de certains PFAS et surtout leur extrême persistance dans l’environnement et leur bioaccumulation a mené les législateurs à se pencher sur une restriction de leur utilisation. Les produits cosmétiques ne sont pas considérés comme une voie d’exposition majoritaire aux PFAS (les voies principales sont l’alimentation et l’eau). Cependant, le caractère estimé non essentiel des produits cosmétiques comparativement à d’autres secteurs mène à ce que cela soit une des premières industries à se voir interdire leur usage, sans aucune dérogation, que cela soit au niveau européen dans le projet de restriction REACh, ou en France.

Au niveau européen, certains PFAS sont déjà encadrés depuis les années 2000, mais l’EChA a proposé en 2023 une restriction générale des PFAS, qui arrive dans la phase finale de son évaluation scientifique. Elle vise à interdire progressivement la fabrication, la mise sur le marché et l’utilisation des PFAS, sauf pour des usages jugés essentiels et difficilement substituables. Le délai d’interdiction sera a priori de 18 mois après la publication du texte. 

Les seuils retenus sont les suivants : 

  • ≤ 25 ppb pour chaque PFAS (hors polymères) ; 
  • ≤ 250 ppb pour la somme des PFAS (hors polymères) ; 
  • ≤ 50 ppm de fluor total dans un article (incluant les PFAS polymères). 

Pour rappel, d’autres réglementations européennes transverses ont inclus le sujet des PFAS, comme la qualité des eaux, les denrées alimentaires ou les emballages.

La loi française (Loi n°2025-188, février 2025) entrée en application le 1er janvier 2026 a pris les devants : il est interdit de fabriquer, d’exporter, d’importer et de mettre sur le marché/à disposition des cosmétiques contenant des PFAS, que leur ajout soit intentionnel ou non. Les seuils fixés sont les mêmes que dans le projet de restriction REACh. 

Des clarifications sont attendues de la part des autorités de contrôle sur les méthodes d’analyses, car pour le moment aucune méthode officielle n’a été confirmée (le projet de restriction REACh référence des recommandations de tests). Un des comités scientifiques européens a reconnu que le seuil de 25 ppb pourrait ne pas être atteignable pour certains PFAS avec les méthodes analytiques actuelles.

Quelles analyses pour évaluer la présence de PFAS ? 

Comme souvent, les produits cosmétiques se révèlent des matrices diverses et complexes à analyser. Si des méthodes existent pour l’eau, il n’y a pas actuellement de méthodes d’analyses harmonisées de recherche des PFAS pour les produits cosmétiques. Il convient donc d’adapter les protocoles en fonction des risques et des matrices.

Les approches globales évaluent la quantité de fluor (total ou organique adsorbable) ou recherchent des fragments de PFAS (fragments CF3 ou CF2). Elles ne permettent pas d’identifier les composés, et ne sont parfois pas spécifiques des PFAS (fluor). Elles restent dans l’ordre de grandeur du ppm. Les approches ciblées comprennent la quantification des produits d’oxydation (Top assay), la quantification ciblée (composés recherchés à déterminer, de 20 à plus de 600 PFAS) et la recherche et quantification du TFA. L’ordre de grandeur est le ppb. La meilleure stratégie d’analyse reste pour le moment de combiner approches ciblées et globales. 

Le TFA (acide trifluoroacétique) est un véritable défi. S’il n’est pas ajouté en tant que tel, il peut être issu de la dégradation de certains PFAS. Il peut surtout être une impureté de procédé de fabrication, par exemple dans la synthèse de certains peptides. Il n’est pas toujours possible de le détecter dans un produit fini, car cette très petite molécule peut être piégée par d’autres ingrédients comme des cires, des huiles ou des polymères. Il est donc primordial de faire les vérifications adéquates avec les fournisseurs et/ou d’analyser les matières premières.

Si la France a pris de l’avance, l’Europe devrait bientôt suivre : les PFAS sont désormais persona non grata dans les produits cosmétiques, qu’ils y soient ajoutés intentionnellement ou non. Une véritable stratégie de contrôle de toute la chaîne de production, des matières premières au produit fini, en passant par l’eau, doit donc être mise en place pour rester en conformité. Sans oublier de travailler sur la substitution des composés concernés, pas forcément si évidente.

 

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